Peintre par nature

Voici quelques écrits, notes qui me passent par la tête et que je souhaite partager.


Janvier 2026 – Le graffiti émancipateur

Dans son ouvrage Le Maître ignorant, Jacques Rancière présente ses réflexions sur l’émancipation des citoyens. Celle-ci passe, selon lui, par une égalité vécue et par une prise de conscience universelle des possibles de chacun. L’école permet trop rarement d’y accéder. Au contraire, à quelques exceptions près, son fonctionnement classique, géré par des maîtres savants évaluateurs devient abrutissant et distille un sentiment de l’incapacité personnelle. Elle ne facilite pas la prise de conscience que… tout est possible par chacun. Jacques Rancière y voit une conséquence du monde de la non-raison, basé sur un principe initial d’inégalité des intelligences.

J’ai le sentiment que le graffiti est, au contraire, une école de l’émancipation. Sa pratique pousse au dépassement de soi, par soi-même. Cette peinture de rue apprend à celui qui la pratique que les limites ne sont là que pour être dépassées. Les pigments peuvent être pulvérisés dans des lieux habituellement inaccessibles et dans des conditions épiques. Les codes artistiques peuvent être brisés et les maîtres explicateurs n’existent pas. Le graffiti m’a permis de rencontrer des gens de tous horizons et de me réaliser par la peinture, en étant totalement autodidacte. Je ne peins plus de lettres et ma pratique se fait moins illégale, mais j’évolue confiant, sur un chemin imprévisible, persuadé que je suis capable d’avancer, d’apprendre par moi-même et de me dépasser. Comment transmettre cela?


Janvier 2026 – Le vase des souvenirs.

Les souvenirs sont comme des strates transparentes. Ils se superposent et s’accumulent, remodelant notre paysage intérieur. La sédimentation est continue, nourrie par nos sens et diffractée par nos émotions. Les matières, les textures, les couleurs se répondent et composent le tableau de notre vie. Ce recouvrement floral incessant n’est pas le fruit du hasard : il peut être dévié par nos choix et par notre sentiment de l’instant. Soyons lucides sur la beauté de chaque moment. Composons cette fresque avec passion car les pigments utilisés sont trop éphémères. 


Décembre 2025 – Mon testament – Résonance avec le morceau « le testament du peintre », inspiré de Maurice de Vlaminck par Brume Parole.

J’ai aujourd’hui 42 ans.

La vie est belle pourtant.

Je donne gratuitement à tous, à toutes, la joie, partage des valeurs humanistes.

Je lègue toutes les fleurs, leurs formes, leurs couleurs et leurs messages universels,

Une façon d’être, d’agir, de respirer,

Une poésie qui nous anime, dans un monde en tension.

Voyez ces couleurs explosives,

Ce bouquet d’émotions,

Cherchez le sentiment de l’objet.

Tout cela,

L’aurez-vous assez admiré ?

Aurez-vous pleinement goûté

Ce qu’ont d’émouvant,

Les fresques colorées

Qu’on ne reverra plus…

J’ai fait ce que j’ai pu,

Fleurir, toujours, partout !

Ceci est mon testament.


Février 2025 – Un présent artificiel, un futur ahumain?
L’intelligence artificielle (IA) est entrée dans nos vies cette année. Elle bouleverse notre rapport à la connaissance, à la réflexion et à la synthèse des idées. Elle pulvérise la création visuelle, musicale, littéraire… Elle surpasse les capacités humaines. Je pense que l’on imagine pas encore l’ensemble des conséquences et des possibles de sa généralisation dans les sociétés humaines. L’arrivée des ordinateurs quantiques va encore décupler les capacités de l’IA à une échelle que le cerveau humain ne peut même pas se représenter. Il faut être pragmatique, l’humain sera bientôt dépassé par sa propre création.

Cette technologie n’est ni bonne ni mauvaise. Les informaticiens qui l’ont développée sont amoraux. Mais malheureusement, la société humaine qui doit définir la moralité de son utilisation est dépassée, sclérosée. La mondialisation et la compétition entre les puissances impériales qui déploient actuellement leurs ailes empêchera tout moratoire. Les « gains » de temps, de masse salariale, les économies possibles sont tels que la société est prête à scier la branche sur laquelle elle s’est bâtie : celle de l’intelligence.

Que nous reste t’il, à nous, pauvres êtres biologiques? Homo sapiens, par son activité, a accéléré les temps géologiques (en modifiant son environnement à une vitesse jamais vue). L’IA pulvérise désormais les temps humains. Que c’est long et coûteux en énergie d’éduquer un être humain. Apprendre à écrire, apprendre une langue, maîtriser un contenu, développer un esprit de synthèse, prendre de la hauteur pour accéder à un esprit critique nécessite des années de travail humain. Désormais, l’IA se charge de tout cela en quelques secondes. 

Est-il possible d’utiliser cet outil pour éduquer nos enfants? 

NON! 

Cet outil REMPLACE les cerveaux. Il ne permet pas de les développer, d’activer des réseaux de neurones et d’augmenter les capacités cognitives. Mais il est certains qu’il sera généralisé… la population sera un peu plus abrutie. Elle n’en avait pas besoin, l’omniprésence des écrans vomissant des contenus mal utilisés s’en charge déjà bien.

Que nous reste t’il? Bien peu de choses. 

  • Le travail manuel restera, mais il a déjà été bien remplacé par les machines lors de la révolution industrielle. Les machines ont pris nos bras, l’IA nous prend nos cerveaux. Le problème majeur est que les produits de l’artisanat sont couteux. Ils sont accessibles par des personnes aux revenus supérieurs… dont les métiers sont voués à disparaître, remplacés par l’IA… Qui pourra donc se payer des œuvres fabriquées par des artisans? Personne. L’IA va donc appauvrir la grande majorité de la société. 
  • Les interactions interpersonnelles, l’expérience humaine semblent ne pas pouvoir être remplacées. S’entraider, partager des moments, vivre des moments humains. Aller voir une exposition en famille, partager un repas, participer à un festival, vivre un concert… toutes ces expériences interpersonnelles de partage deviennent essentielles. Par contre elles ne sont souvent pas synonymes de productivité, de rentabilité. La culture, les arts sont donc des piliers de l’expérience interpersonnelle qui doivent entrer en résistance.

Les perspectives sont donc ahumaines. Et finalement ce futur qui laisse de coté notre humanité n’est-il pas plus facile à imaginer pour celui qui gère l’IA, qui encaisse les bénéfices? Plus besoin de se soucier du climat. Plus besoin de se soucier de la biodiversité. Plus besoin de réfléchir à une société de solidarité. L’humain n’est plus nécessaire à l’humain.


Février 2025 – Une sensation de glissement… tellement rapide…

J’ai l’impression que toutes les valeurs qui sont celles qui m’animent disparaissent. J’ai donc essayé de synthétiser ces pensées dans un manifeste humaniste apolitique, qui me donne déjà l’impression d’appartenir à un monde qui n’existe plus.

Petit manifeste humaniste apolitique 

  • Nous voulons la paix et le respect de l’humain,
  • Nous voulons vivre dans la diversité culturelle,
  • Nous voulons que chaque être humain puisse avoir les moyens de vivre dignement,
  • Nous voulons placer l’humain au centre des décisions quelles qu’elles soient,
  • Nous voulons un virage écologique pour garantir un environnement futur vivable à nos enfants,
  • Nous voulons que chaque être humain puisse accéder à des moyens d’élévation de sa conscience. 

Nous voulons un monde humain, de respect, de partage et de culture. Ceci doit nous guider.

PanonerPan


Décembre 2022 – Culturaliser?

Texté publié en postface du livre « Le Parc de Swann » de Dominique Sels. https://www.fnac.com/a17606287/Dominique-Sels-Le-Parc-de-Swann

Dans le Parc de Swann, Dominique Sels nous présente les liens entre un territoire rural baptisé en 2016 « Entre Beauce et Perche » et l’œuvre de Marcel Proust. Au travers d’anecdotes avec Claude Thisse et Anjali Janakiraman, le lecteur s’immerge avec plaisir dans certains lieux de la Recherche du temps perdu : le Pré Catelan, Illiers-Combray, le château de Guermantes… Tout y est lié : la culture, la nature, le territoire et les êtres humains qui y vivent. En effet, l’œuvre du célèbre écrivain est constellée de détails et de métaphores botaniques. Il nous apprend à voir, à sentir et à appréhender les signes d’espèces végétales de notre environnement proche. Comme un prolongement des signes, issus des interactions sociales humaines qu’il faut apprendre à décrypter, évoqués par Gilles Deleuze.

Mais par définition, la nature n’existe, au sein d’un territoire, que si elle est définie, créée et gérée par la main de l’Homme. La nature n’est donc pas naturelle ! Ou alors elle n’existe pas ! Nature et territoire sont donc antinomiques. Contrairement à ce qu’évoque Roland Barthes, Proust ne culturalise pas la nature. Il culturalise un environnement, des espèces végétales et des interactions humaines entre l’Homme et son environnement. Proust écrit par exemple que les longues pousses nouvelles d’aubépines en fleurs, qui dépassent des haies, sont des avant-bras de jeunes filles. Le vent se lève-t-il que ces bras s’agitent pour saluer le promeneur : Proust culturalise ici une espèce végétale. Mais en quoi, me direz-vous, il ne culturalise pas la nature ? C’est qu’une haie est faite par l’Homme ! Elle n’est donc pas naturelle. Les nouvelles pousses qui dépassent sont donc le résultat d’une taille. Et finalement dans notre environnement, notre territoire, la nature n’existe pas ! Car tout est anthropisé. Ou alors il faudrait revoir sa définition. Et finalement, l’important n’est pas la rencontre de la nature et de l’homme, mais une continuité de liens, de sensations, évoqués par Proust …

Tout est interactions : voulues, non voulues, visibles et non visibles. Tout est rhizome, tout est stolon, tout est dissémination. La vie est un gradient d’interactions entremêlées et de reproduction. Que ce soit intra-spécifiquement au sein de l’espèce Homo sapiens ou inter-spécifiquement avec d’autres espèces. Culturaliser revient en fait, à prendre de la hauteur, à comprendre, à conceptualiser et à appréhender ces interactions. Il faut donc apprendre à culturaliser, considérer un objet, un être vivant comme des signes à comprendre, à déchiffrer, à conceptualiser. Il faut apprendre à être curieux et à se nourrir de tout ce qui nous entoure en dépassant les concepts trop limités par une conception humaine trop bornée. Sortir du cadre ! À presque quarante ans, je me suis immergé, par hasard, dans le chef-d’œuvre de Marcel Proust. Enseignant de Sciences de la Vie et de la Terre avec une formation scientifique matérialiste solide, artiste graffeur issu des ambiances illégales et urbaines, rien ne me laissait présager que je serai aspiré par la Recherche du temps perdu. Et pourtant le hasard des rencontres, notamment avec Thibaut Guillon, artiste chanteur de Brume Parole, m’a permis cela. Tout est rhizome ! Par l’art, par la botanique graphique, je suis entré dans un univers philosophique qui m’a parlé. Nous sommes allés tourner le clip du morceau « Ce jardin intérieur » au Pré Catelan. Nous sommes allés peindre un portrait fauve de Proust à Méréglise. Et je me retrouve à rédiger la postface de l’ouvrage de Dominique Sels, qui m’a tant parlé et qui résonne parfaitement avec toute cette création effervescente inattendue.

Soyons curieux, Culturalisons !

JG